La légende de la Biscia di l’Ostriconi

On raconte que tous les dimanches, lorsque résonnaient le son des cloches dans la vallée, la Biscia sortait du fleuve pour dévorer un fidèle. C’était le prix à payer, comme un sacrifice, pour que le monstre laisse le village tranquille. Tous les habitants du village étaient très effrayés par ce monstre. Chaque fidèle priait avec ferveur, pour que la Biscia ne vienne pas l’engloutir…
Un jour, un Seigneur en eût assez, et décida d’affronter la Biscia. Il fit sonner les cloches avec violence, et attendit que la Biscia daigne se montrer. Tous les villageois se cachaient dans leurs maisons, et ils avaient peu d’espoir que ce Seigneur téméraire ne se débarrasse du monstre…
Lorsque la Biscia sortit de l’Ostriconi, elle se dirigea vers l’église en espérant voir sortir la foule de fidèles, pour choisir sa proie. A la place, elle ne vit que la porte de l’église légèrement entrouverte. En s’approchant, elle flaira une odeur humaine… Le Seigneur frissonnait à l’idée d’affronter un tel monstre. Mais il savait que sa cause était juste, et qu’il fallait défendre son honneur. Il sortit de l’église ; il était en vérité à cheval !
Le combat commença alors : la Biscia, peu habituée à se déplacer sur la terre ferme se fatigua très vite. Le Seigneur, même épuisé, ne pouvait que se réjouir de l’état du monstre infâme. La bête, pressée d’en finir, se redressa pour prendre de l’élan et l’engloutir. Le Seigneur, qui était aussi très rusé, en profita pour lui trancher la gorge. Il en était fini de la Biscia de l’Ostriconi.
Les villageois sortirent et l’acclamèrent. Il les avait sauvés.
Mais subitement, le Seigneur s’effondra. Le sang de la Biscia avait coulé sur l’une de ses plaies, et le puissant venin le tua en quelques minutes à peine…
Alors la prochaine fois que vous irez à la plage de l’Ostriconi, faites bien attention à ne pas croiser une créature fantastique, peut être la descendance de la Biscia… 😉
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Légende : Le lac maudit de Corte : on s’y baigne sans en connaître toujours les mystères

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Les ados cortenais s’y retrouvent en nombre et s’approprient les lieux, comme leurs parents et leurs grand-parents l’ont fait avant eux.

Pourtant, son nom étrange évoque des choses autrement plus sinistres. Et l’histoire que les anciens se plaisent à raconter à de quoi faire froid dans le dos. Car on prétend que le lac a été maudit par le geste désespéré d’un homme, à la fin du XIXe siècle.

Juillet 1883. C’est le moment où l’on trace la route de la vallée de la Restonica, qui doit remplacer l’antique sentier muletier. Les ouvriers s’activent et l’on fait même venir un appareilleur de l’Hérault.

Il s’appelle Estève Pascal et débarque dans l’île avec femme et enfants, juste avant que la ville ne soit frappée par une fulgurante épidémie qui fait des dizaines de victimes – 262 précisément – parmi lesquelles la famille de l’appareilleur.

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L’homme décide alors de construire un caveau à l’entrée de la vallée, en surplomb d’un petit lac, pour rendre hommage à ses proches décimés.

Une histoire d’épidémie, de statuette de la Vierge et de malédiction

Les mois passent et Estève Pascal ne parvient pas à se remettre de cette perte. Il se rend régulièrement au caveau et, un jour de 1884, dans un accès de fureur et de douleur, profane la statuette de la Vierge posée sur l’édifice et la jette dans le lac.

A Corte, nombreux sont ceux qui connaissent a tomba di l’apparegliore, sans savoir de quoi il s’agit. Dissimulée dans les fourrées, la tombe est difficile d’accès et porte les noms de la famille venue de l’Hérault, dont un bébé « décédé à Corte à l’âge de 44 jours ». Et le lac dans tout ça ? Maudit par le geste de l’appareilleur, il a connu (ou provoqué ?) plusieurs drames au fil des années.

Des légionnaires et des touristes s’y sont noyés. On raconte même qu’une jeune cortenaise aux longs cheveux noirs y a péri dans les années 1920 et que depuis, elle hante les ruelles de la ville et apparaît dans les rêves des gens, la plupart du temps juste avant qu’une catastrophe ne se produise.

Pour les esprits scientifiques, la dangerosité du pozzu viendrait d’un courant fort qui attirerait les baigneurs vers le fond. Quoi qu’il en soit, la malédiction a été levée, par une belle journée de l’été 1979, quand Ange Gambini et Dume Menozzi ont par hasard retrouvé la statuette au fond du lac : « C’était comme si elle nous attendait. Toutes les couleurs étaient intactes. Jamais on aurait pu penser qu’elle avait passé presque un siècle sous l’eau. »

Aujourd’hui, la petite statue est à l’abri et le lac n’a plus de maudit que le nom.

 

source :http://m.corsematin.com/article/corte/le-lac-maudit-de-corte-on-s%E2%80%99y-baigne-sans-en-connaitre-toujours-les-mysteres.2245534.html

L’enfant corse; Conte corse Émile Bergerat (1845-1923)

L’enfant corse. Conte corse
Émile Bergerat (1845-1923)

l'enfant corse conte

Aimez-vous les histoires corses, ou, pour mieux dire, de vendetta corse ? En voici une qui m’arrive de l’île de Colomba, et précisément de Sartène, dernier refuge de ce pauvre banditisme contre lequel on mène si rude guerre. J’ai laissé là quelques amis qui m’entretiennent encore des choses et des gens du pays. Ça n’a pas changé, m’écrivent-ils, depuis votre voyage, en 1887, et nous restons fidèles à nos moeurs comme à nos coutumes ethniques qui sont les bonnes. La Corse est l’île de l’honneur. Jugez-en, d’ailleurs, une fois encore.

Dans le triangle de maquis montagneux inscrit entre Sartène, Porto-Vecchio et Bonifacio, et qui forme la pointe méridionale de l’île, il y a, sous un contrefort du mont Scopeto, un hameau de deux cents âmes divisées par une vendetta séculaire, celle des Arboli et des Marata.

Le village est considéré par eux comme terrain neutre. Ils y vivent en face les uns des autres, et leurs maisons se regardent. Si les femmes de chaque famille se rencontrent à la fontaine ou à l’église, sur la place, et même y causent ensemble, les enfants restent séparés dans leurs jeux, et singent naïvement la haine de leurs pères. Ils en hériteront. Du reste, l’école est lointaine, quatorze kilomètres, et ils n’y vont pas. Quant au catéchisme, le recteur est un Corse lui-même et, sur la question de la vendetta, il ferme l’Évangile et corne son bréviaire. Amen.

C’est donc hors du village que la chasse commence et que les Arboli et les Marata se guettent, aux coins des monts, le fusil au dos et la poire à poudre à la ceinture, depuis un temps immémorial. Ils ne savent même plus exactement eux-mêmes la cause originelle de leur animosité héréditaire. Ils ne cherchent pas à l’établir, encore moins à l’élucider ; le virus est dans le sang, il s’y perpétue de père en fils et jusqu’aux confins du cousinage. Le meurtre d’un Arboli nécessite celui d’un Marata, et vice versa, par loi de conséquence. Ça n’empêche pas de se reproduire dans chaque clan par des mariages, consanguins, d’ailleurs, que le curé bénit à vol de cloches.

Le pays où le Code Napoléon est le moins obéi est celui où son auteur est né. Quant aux gendarmes, ses organes bottés, vous devez vous rappeler encore en quel mépris on les tient dans l’île. En abattre un dans les lentisques parfumés, c’est acquérir une gloire à la Guillaume Tell, où le bon tireur s’exalte de l’homme libre.

Antonio Arboli, fils aîné du dernier Arboli, meurtrier du dernier Marata, – car nous en étions là, à Sartène, de leur duel centenaire, – s’étant payé, l’automne dernière, la peau buffletée de l’une de ces autorités ambulantes, avait pris le mâquis et il s’y terrait comme un lapin dans les romarins. Une battue stratégique, menée par un Pandore habile, le plus habile même que nous ayons, avait débusqué le jeune bandit de sa retraite. Cerné de toutes parts, il s’était réfugié chez le curé même de la paroisse, qui est un Arboli, et son parent. L’asile était bon et d’un choix ingénieux, car le prêtre n’était pas homme à laisser violer son presbytère ni par des civils, ni par des militaires, et il avait décroché à tout événement un lourd crucifix de bois, de fer et de bronze, qui pendait comme une hache de panoplie sur sa couchette.

Mais, la nuit venue, Antonio avait eu honte de la situation funeste où il plaçait le pauvre révérend en temps de République, et, bondissant par la lucarne du grenier, il avait pris sa course dans le village. Comme il passait devant la maison des Marata, il en vit la porte ouverte. Sur le seuil, Cara Marata, dame du logis, tordait le linge du mois, dont son petit garçon lui passait les pièces. L’enfant s’appelait Jean. Il avait six ans.

Antonio regarda la mère, et, d’un geste, sans un mot, il lui indiqua le presbytère, d’où venait un bruit de bottes et de sabres.

  • Entre ! fit la femme corse.

Et elle tira la porte sur l’hôte.

Or, ne l’oubliez pas, le bandit traqué n’était autre que le fils aîné de l’Arboli qui avait tué le beau-père et oncle de Cara, soit le vieux Paolo Marata, propre père du chef actuel de la famille, père à son tour du petit Jean. Ce chef s’appelait lui aussi Paolo, comme le trépassé, et c’était entre lui et Antonio qu’était « la chemise sanglante ».

Donc Paolo rentra chez lui pour la soupe. – Journée perdue, fit-il, en déposant fusil et cartouchière. Je l’ai cherché là-haut, dans le mâquis, jusqu’à la chute de la lumière. Pas d’Antonio Marata. – Il est ici, dit simplement la femme. – Ah ! chez nous ? – Le village est occupé par la gendarmerie. Écoute. – Tu as bien fait, déclara Marata, un peu pâle. Mais je ne veux pas le voir. Cache-le bien et prends soin de lui. Je vais à Sartène et j’y resterai jusqu’à son départ. – Va, et sois tranquille, ils ne l’auront pas.

Puis, comme la gendarmerie y perdait son temps et ses peines, elle évacua le village.

Le lendemain, pourtant, le brigadier y reparut. Il était seul. Tout en feignant d’avouer sa déconvenue et ses excuses faites au curé, il se renseignait auprès des commères qui, chez nous comme ailleurs, sont bavardes autour des fontaines. Tout ce qu’il en apprit, cependant, c’était que la Gara Marata était allée étendre son linge au soleil sur les arbustes odorants de la montagne. Comme les Marata étaient notoirement les ennemis nés des Arboli, la nouvelle était pour lui sans indices. Quoiqu’il fût assuré que le bandit n’était pas sorti de la commune, il ne pouvait s’arrêter raisonnablement à l’idée qu’un Arboli fût caché chez un Marata, et surtout, s’il l’était, que son hôtesse eût laissé la maison déserte à la garde d’un enfant de six ans. Mais outre que le gendarme abattu par Antonio dans la brousse était son propre frère et que l’atmosphère même du pays activait son besoin de vengeance, il se méfiait terriblement des Corses, «capables de tout, disait-il, et bons à rien». Il fit donc à tout hasard un nouveau tour dans les rues du hameau et, parvenu devant l’habitation des Marata, il y vit le petit Jean à califourchon sur la balustrade de l’avancée en terrasse où se signe l’architecture locale de nos bastidons.

  • Te voilà sur un beau cheval de pierre ! lui cria-t-il. Mais l’enfant, saisi de peur à la vue du bicorne symbolique, s’était enfui en lui faisant les cornes. – Attends, polisson ! Et le brigadier grimpa les degrés du perron. – Es-tu donc seul, fit-il, en lui pinçant l’oreille ? – Maman va venir. – Et c’est toi qui gardes la maison. A ton âge ? Tu dois t’ennuyer sans frère, soeur, ni camarades ? As-tu des joujoux ? Veux-tu que je t’en apporte d’Ajaccio ? – Oh oui ! si maman veut. – Eh bien ! mais il faut que j’y aille d’abord, à Ajaccio. Quelle heure est-il ?

Et le brigadier tira sa montre. Les yeux de Jean s’allumèrent comme tisons de braise. – C’est joli, hein ? Et ça chante. Écoute : tic. tac ; – Et il la lui mit à l’oreille. – La veux-tu ? – Oh ! oui, monsieur le gendarme. – Alors entrons.

Un quart d’heure après, Antonio Arboli, fortement garrotté, les cheveux pleins de paille et tout suant d’une lutte désespérée, descendait dans la rue sous le poing victorieux du gendarme et s’y rencontrait avec Cara Marata, muette d’épouvante. – Tu n’es pas une Corse, lui jeta-t-il. Mort aux Marata. Honte aux lâches.

L’enfant, sur le perron, écoutait, épanoui, le tic tac de la montre, et la malheureuse comprit. Elle hurla toute la nuit, comme une bête égorgée.

Au petit jour, Paolo parut : – Je sais, fit-il, j’ai vu passer Antonio enchaîné sur la place, à Sartène. Que tous les Marata soient ici, à midi, dans la maison de famille. Toi, femme, prépare l’enfant. – A quoi ? – Tu es sa mère. – Ah ! mon Dieu, Paolo, je n’ose deviner ! Mais nous n’avons que lui ! – Prépare l’enfant, te dis-je.

L’arrêt des Marata fut unanime.

Alors la mère, car il y en a de telles dans l’île de l’honneur, prit son petit sur les genoux, et doucement lui expliqua son crime. Elle lui dit en quoi il consistait, ce qui le rendait impardonnable, et de quel châtiment il fallait l’expier. – Tous les parents seront là pour te voir mourir, bien mourir, mon cher enfant. – Et toi, maman, y seras-tu ? – J’y serai, je te le promets. – Et mon papa ? – Ton papa aussi, fut la réponse. Et elle l’assura qu’il ne lui ferait pas de mal, il était le premier tireur de Corse, infaillible.

L’heure venue, ils conduisirent l’enfant au fond du jardin, les yeux bandés. Il avait demandé qu’on lui accrochât sur le coeur la montre « du méchant gendarme ». – Ne la manque pas, mon papa…

Et mon correspondant de Sartène termine par ce trait à la Mérimée : – Il n’a manqué ni la montre ni le coeur.

Je ne me dissimule pas l’effet de révolte sentimentale que ce récit, dont j’ai adouci de mon mieux la « corserie », produira sur les âmes un peu moites de la plupart des lecteurs. Nous sommes ici dans l’île escarpée de l’honneur, vertu bête qui, comme l’amour, échappe aux lois de la moralité et du reste n’à plus guère de poètes. Peut-être vaut-il mieux laisser au compte de l’imagination vieux jeu de mon propre romantisme une histoire qui trouvera peu de crédules. N’en parlons plus, oubliez-la, et rentrons dans la République d’affaires.

LE COCHON DE CASTAGNICCIA  PORCAFONU

Il était une fois en Castagniccia, un cochon qui s’appelait Porcafonu car il parlait. Il était beau comme…un cochon et très intelligent !.Il était cochon par sa mère et sanglier par son père. Un beau jour de décembre, las de voir ses frères mourir dans les plus atroces souffrances sous la lame des paysans insensibles à leurs cris d’agonie, le cochon décida de tenir un concile et rassembla tous les porcs maestri des campagnes environnantes. Même leurs cousins les sangliers avaient été conviés à ce rassemblement historique.

« Dieu, la haut dans le ciel, ignore notre souffrance et ne voit pas le désir frénétique de ces hommes qui nous égorgent même le jour de noël quand naît l’enfant Jésus !. Ils nous transforment en figatelli, coppa et lonzu. Je vais donc aller le trouver pour lui faire part de nos doléances à tous. Pour cela, je vais donc me laisser tuer ».

Un vieux sanglier revendiqua l’honneur de mourir pour cette noble cause et se porta volontaire à sa place. Un grognement unanime s’éleva dans l’assemblée émue par tant d’abnégation. Il s’en alla donc du coté de Valle d’Alesani où l’attendaient les chasseurs du canton. Au premier coup de fusil, il s’effondra et son âme quitta son corps de sanglier pour s’élever lentement vers le ciel.

Il frappa à la porte du Paradis et Saint Pierre vint lui ouvrir pour le conduire non pas devant Dieu qui était occupé, mais devant Saint Martin auquel il refusa catégoriquement de parler, se montrant même particulièrement insolent: « j’ai dit que je voulais parler à Dieu et à personne d’autre! ».

Cette attitude eut pour effet de mettre Saint Martin très en colère. Il annula sa mort et le renvoya sur terre.

Avant d’être chassé le vieux sanglier dépité s’écria: « U liamu un’hè un santu, fa miraculi pur tantu! » (le fumier n’est pas un saint, il fait pourtant des miracles).

De retour sur terre, il raconta son aventure à une assemblée médusée par la rapidité de sa mission.

Porcafonu, le cochon intelligent, grogna à plusieurs reprises; il fallait faire vite car les fêtes de fin d’année approchaient…

Ce matin de Noël, Saint Pierre affolé courrait dans tous les sens. Des milliers d’âmes de cochons, avec à leur tête, celle de Porcafonu, déposaient leurs excréments devant la porte du Paradis et une odeur pestilentielle rendait l’air irrespirable. Saint Martin apparut bientôt rouge de colère: « Que voulez-vous, bande de porcs ?! », s’écria-t-il.  » Nous voulons être reçus par Dieu et non par une seconde main, sinon, nous continuerons à répandre notre fumier devant votre porte! ». Saint Martin en conclut qu’on ne pouvait pas négocier avec les Corses.

Au bout du troisième jour, le Diable entra dans la danse et se moqua de voir le Paradis dans une si belle merde.

A la fin du cinquième jour, les paysans Corses, en bas sur la terre, voyant leurs cochons faire la grève de la faim, appuyèrent de leurs prières cette manifestation porcine sans précédant tant et si bien que Dieu eut connaissance de l’émeute et c’est Saint Antoine qui annoncera la nouvelle: Dieu allait recevoir les émeutiers.

Pour éviter la confusion, une délégation conduite par Porcafonu et constituée d’un porc par village présenta ses doléances: Les cochons voulaient être respectés en tant que tels, ils souhaitaient mourir dignement et sans souffrances.

Dieu promit que leurs voeux seraient exaucés, il nomma Saint Antoine, qui devint San Antone di u porcu, comme protecteur de la race porcine et décréta que tous les cents ans, à la Saint Jean, un cochon désigné par Porcafonu, sera chargé de rendre un homme heureux et riche.

Les représentants étant tous satisfaits des mesures prises par Dieu, ils se retirèrent et une odeur de maquis sauvage emplit de nouveau le paradis.

L’année suivante, à l’approche des fêtes de la Noël, les tueries des cochons recommencèrent et Porcafonu, d’en haut du ciel observait la boucherie. Il allait être difficile de trouver un élu au milieu de tout ce lascia core. Mais que faisait donc San Antone di u porcu ?.

Après avoir longtemps surveillé les villages et les hommes, il vit -et n’en crut pas ses yeux- un petit homme qui ne tuait pas les cochons et ne les mangeait pas. « c’est donc lui qui sera l’élu! », decréta-t-il.

Un soir, alors que le petit vieux était au coin du feu et ne grillait pas de figatellu, il entendit comme une sorte de grognement. Il se leva et ouvrit la porte. Devant lui se tenait le cochon qui parlait: « Je suis Porcafornu, le Dieu des cochons, j’ai décidé de faire de toi un homme riche parce que tu ne manges pas de cochon ». Le petit vieux manqua de s’évanouir, puis il se ressaisit; pourquoi refuser de croire aux miracles ?.

« Je ne mange pas de cochon parce que je suis Juif ! ». Porcafonu, agacé, poursuivit: « Au hameau de Bonicardo, près de funtana di moru, il y a un trésor que les maures ont enterré après une terrible bataille. Tu trouveras ce trésor et tu deviendras très riche ».

Le petit homme refusa, il ne voulait pas devenir riche pour attiser la convoitise du voisinage et il avait assez de malheurs comme cela. Porcafonu dut se mettre en colère; il insista tant et si bien que le brave homme décida d’accepter mais à la seule condition que sa richesse s’accompagne aussi du bonheur qui jusque là lui avait fait défaut. Le cochon accepta, il fit ses dernières recommandations et disparut de la terre pour un siècle.

Le petit homme trouva le trésor, il devint très riche et épousa una paisana qui lui donna sept enfants. Il passa sa vie à faire le bien autour de lui. Il achetait chaque année des cochons qu’il ne tuait pas et répondait en souriant, à ceux que le mystère intriguait:  » Les cochons ont fait mon bonheur et je veux qu’ils meurent de leur mort naturelle ».

Lorsque la mort l’emporta à l’age de 98 ans, le grognement  des porcs résonna dans toute la campagne comme un dernier adieu.