Le trésor englouti de Rommel

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L’histoire qui va suivre constitue sans aucun doute l’un des plus grands mystères de la seconde guerre mondiale et continue d’enflammer notre imagination. Voici l’histoire du trésor de Rommel.

Un homme bavardant paisiblement avec sa femme s’appelle Peter Fleig, il est Allemand. Sous officié SS pendant la seconde guerre mondiale, il affirme depuis plus de 45 ans que le trésor de Rommel se situe dans les eaux Corse, au large de Bastia.

La légende du trésor de Rommel a commencé le 3 juin 1948 à Trèves. La guerre est finie depuis trois ans et l’Allemagne est désormais occupée par les alliés, Trèves est dans le secteur d’occupation Français. Ce matin-là, un jeune Allemand se rend au commissariat central.

Ayant affirmé qu’il a de précieux renseignements à fournir aux alliés, on le dirige vers le bureau de l’officier de police judiciaire en charge, un Alsacien nommé Jean Paul Chérer. L’inspecteur Chérer va alors entendre une étonnante confession.

Les premiers récits du trésor

En 1943, la Corse, occupée par l’armée Allemande, va être délivrée par les alliés. Dans la débâcle, les SS ont coulé un trésor dans les eaux territoriales et le jeune homme est l’un des participants de l’opération. Lui seul sait où le trésor est immergé et propose un marché. Ayant une formation de scaphandrier, il voudrait que le gouvernement Français monte une expédition et l’envoie en Corse faire des recherches sous-marines.

L’inspecteur devint alors intrigué par cette histoire, l’ancien SS dit peut être la vérité. De toute façon, tous les renseignements fournis par les officiers du 3ème Reich doivent être consignés.

La perte du trésor de Rommel

En septembre 1943, l’île de beauté vit ses dernières semaines d’occupation Allemande, les Nazis sont en train de perdre la guerre et va leur falloir se replier sur l’Italie.

Le 16 septembre dans un monastère au-dessus de Bastia, un groupe de SS charge un trésor. Ce fabuleux butin est arrivé de Libye par bateau quelques jours plus tôt puis fût caché dans ce monastère et gardé sous haute surveillance. En fait, il s’agit de deux trésors, d’une part le fruit des pillages de l’armée Allemande en Afrique du Nord au quel c’est ajouté le trésor de Négus, le richissime descendant de la reine de Saba.

Les SS sont fébriles et ont pour mission de charger ces précieuses caisses dans deux camions et de les transporter au port dans les plus brefs délais, l’opération doit se dérouler dans le plus grand secret. Les moines ont pour interdiction de sortir du monastère, aucun témoin ne doit être présent, pourtant certains raconteront plus tard qu’ils ont vu une partie du chargement ; de l’or ainsi que des pierres précieuses. Les précautions prisent par les soldats nous montrent bien qu’il ne s’agit pas d’un chargement ordinaire …

Trésor de Rommel » partie 1 

Trésor de Rommel » partie 2

Conte : UN BANDIT CORSE

Le chemin montait doucement au milieu de la forêt d’Aïtône. Les sapins démesurés élargissaient sur nos têtes une voûte gémissante, poussaient une sorte de plainte continue et triste, tandis qu’à droite comme à gauche leurs troncs minces et droits faisaient une sorte d’armée de tuyaux d’orgue d’où semblait sortir cette musique monotone du vent dans les cimes.

Foret aitone
Au bout de trois heures de marche, la foule de ces longs fûts emmêlés s’éclaircit ; de place en place, un pin-parasol gigantesque, séparé des autres, ouvert comme une ombrelle énorme, étalait son dôme d’un vert sombre ; puis soudain nous atteignîmes les limites de la forêt, quelque cent mètres au-dessous du défilé qui conduit dans la sauvage vallée du Niolo.
Sur les deux sommets élancés qui dominent ce passage, quelques vieux arbres difformes semblent avoir monté péniblement, comme des éclaireurs partis devant la multitude tassée derrière. Nous étant retournés nous aperçûmes toute la forêt, étendue sous nous, pareille à une immense cuvette de verdure dont les bords, qui semblaient toucher au ciel, étaient faits de rochers nus l’enfermant de toutes parts.
On se remit en route, et dix minutes plus tard nous atteignîmes le défilé.
Alors j’aperçus un surprenant pays. Au delà d’une autre forêt, une vallée, mais une vallée comme je n’en avais jamais vu, une solitude de pierre longue de dix lieues, creusée entre des montagnes hautes de deux mille mètres et sans un champ, sans un arbre visible. C’est le Niolo, la patrie de la liberté corse, la citadelle inaccessible d’où jamais les envahisseurs n’ont pu chasser les montagnards.
Mon compagnon me dit :
– C’est aussi là que se sont réfugiés tous nos bandits.
Bientôt nous fûmes au fond de ce trou sauvage et d’une inimaginable beauté.
Pas une herbe, pas une plante : du granit, rien que du granit. A perte de vue devant nous, un désert de granit étincelant, chauffé comme un four par un furieux soleil qui semble exprès suspendu au-dessus de cette gorge de pierre. Quand on lève les yeux vers les crêtes, on s’arrête ébloui et stupéfait. Elles paraissent rouges et dentelées comme des festons de corail, car tous les sommets sont en porphyre ; et le ciel au-dessus semble violet, lilas, décoloré par le voisinage de ces étranges montagnes. Plus bas le granit est gris scintillant, et sous nos pieds il semble râpé, broyé ; nous marchons sur de la poudre luisante. A notre droite, dans une longue et tortueuse ornière, un torrent tumultueux gronde et court. Et on chancelle sous cette chaleur, dans cette lumière, dans cette vallée brûlante, aride, sauvage, coupée par ce ravin d’eau turbulente qui semble se hâter de fuir, impuissante à féconder ces rocs, perdue en cette fournaise qui la boit avidement sans en être jamais pénétrée et rafraîchie.
Mais soudain apparut à notre droite une petite croix de bois enfoncée dans un petit tas de pierres. Un homme avait été tué là, et je dis à mon compagnon :
– Parlez-moi donc de vos bandits.
Il reprit :
– J’ai connu le plus célèbre, le terrible Sainte-Lucie, je vais vous conter son histoire.

« Son père avait été tué dans une querelle, par un jeune homme du même pays, disait-on ; et Sainte-Lucie était resté seul avec sa soeur. C’était un garçon faible et timide, petit, souvent malade, sans énergie aucune. Il ne déclara pas la vendetta à l’assassin de son père. Tous ses parents le vinrent trouver, le supplièrent de se venger ; il restait sourd à leurs menaces et à leurs supplications.
Alors, suivant la vieille coutume corse, sa soeur, indignée, lui enleva ses vêtements noirs afin qu’il ne portât pas le deuil d’un mort resté sans vengeance. Il resta même insensible à cet outrage, et, plutôt que de décrocher le fusil encore chargé du père, il s’enferma, ne sortit plus, n’osant pas braver les regards dédaigneux des garçons du pays.
Des mois se passèrent. Il semblait avoir oublié jusqu’au crime et il vivait avec sa soeur au fond de son logis.
Or, un jour, celui qu’on soupçonnait de l’assassinat se maria. Sainte-Lucie ne sembla pas ému par cette nouvelle ; mais voici que, pour le braver sans doute, le fiancé, se rendant à l’église, passa devant la maison des deux orphelins.
Le frère et la soeur, à leur fenêtre, mangeaient des petits gâteaux frits quand le jeune homme aperçut la noce qui défilait devant son logis. Tout à coup il se mit à trembler, se leva sans dire un mot, se signa, prit le fusil pendu sur l’âtre, et il sortit.
Quand il parlait de cela plus tard, il disait : « Je ne sais pas ce que j’ai eu ; ç’a été comme une chaleur dans mon sang ; j’ai bien senti qu’il le fallait ; que malgré tout je ne pourrais pas résister, et j’ai été cacher le fusil dans le maquis, sur la route de Corte. »
Une heure plus tard, il rentrait les mains vides, avec son air habituel, triste et fatigué. Sa soeur crut qu’il ne pensait plus à rien.
Mais à la nuit tombante il disparut.
Son ennemi devait le soir même, avec ses deux garçons d’honneur, se rendre à pied à Corte.
Ils suivaient la route en chantant, quand Sainte-Lucie se dressa devant eux, et, regardant en face le meurtrier, il cria : « C’est le moment ! » puis, à bout portant, il lui creva la poitrine.
Un des garçons d’honneur s’enfuit, l’autre regardait le jeune homme en répétant :
– Qu’est-ce que tu as fait, Sainte-Lucie ?
Puis il voulut courir à Corte pour chercher du secours. Mais Sainte-Lucie lui cria :
– Si tu fais un pas de plus, je vais te casser la jambe.
L’autre, le sachant jusque-là si timide, lui dit :
– Tu n’oserais pas ! et il passa. Mais il tombait aussitôt la cuisse brisée par une balle.
Et Sainte-Lucie, s’approchant de lui, reprit :
– Je vais regarder ta blessure ; si elle n’est pas grave, je te laisserai là ; si elle est mortelle, je t’achèverai.
Il considéra la plaie, la jugea mortelle, rechargea lentement son fusil, invita le blessé à faire une prière, puis il lui brisa le crâne.
Le lendemain il était dans la montagne.
Et savez-vous ce qu’il a fait ensuite, ce Sainte-Lucie ?
Toute sa famille fut arrêtée par les gendarmes. Son oncle le curé, qu’on soupçonnait de l’avoir incité à la vengeance, fut lui-même mis en prison et accusé par les parents du mort. Mais il s’échappa, prit un fusil à son tour et rejoignit son neveu dans le maquis.
Alors Sainte-Lucie tua, l’un après l’autre, les accusateurs de son oncle, et leur arracha les yeux pour apprendre aux autres à ne jamais affirmer ce qu’ils n’avaient pas vu de leurs yeux.
Il tua tous les parents, tous les alliés de la famille ennemie. Il massacra en sa vie quatorze gendarmes, incendia les maisons de ses adversaires et fut jusqu’à sa mort le plus terrible des bandits dont on ait gardé le souvenir. »

Le soleil disparaissait derrière le Monte Cinto et la grande ombre du mont de granit se couchait sur le granit de la vallée. Nous hâtions le pas pour atteindre avant la nuit le petit village d’Albertacce, sorte de tas de pierres soudées aux flancs de pierre de la gorge sauvage. Et je dis, pensant au bandit :
– Quelle terrible coutume que celle de votre vendetta !
Mon compagnon reprit avec résignation :
– Que voulez-vous ? on fait son devoir !

Texte Guy de Maupassant : Un bandit corse. Texte publié dans Gil Blas du 25 mai 1882 sous la signature de Maufrigneuse.

CONTE: U BASTELICACCIU ET SON ÂNE

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Un ânier, qui était de la Bastelica,

Cheminait un soir, comme était toujours son cas,
Avec son pauvre âne chargé de fromages
Toujours appesanti et jamais au chômage.
L’ânier, qui était tout seul, était effrayé
Par un vent très puissant venant tout balayer.
Qui rendait terrible cette nuit sans lumière.
Arrivés tous les deux près d’une rivière,
Le famélique âne voulut boire, assoiffé.
La pâle lune dont le bois était coiffé
Disparut tout à coup ; l’obscurité profonde
Voilait l’ânier et l’âne penché sur son onde.
« Ah, vilaine bête ! s’écria le paysan.
A cause de toi, le ciel n’est plus reluisant !
Tu as bu la lune, rends-la, âne immonde ! »
Et ne comprenant rien aux lois de ce monde,
Le voilà qui rosse, à grands coups de bâton,
L’âne qui gémissait. « Obéis, buffleton ! »
S’écria encore l’ânier ; sur l’âne frêle
Revoilà les grands coups qui pleuvent comme grêle.
La lune tout à coup revint. « Enfin ! c’est bien !
S’exclama l’imbécile ; ouïr ne coûte rien ! »
La lune disparut de nouveau. « Encore !
Cria le sot ânier ; ah ! vieille pécore !
Rends la lune, maintenant ! » faisant choir ses fardeaux,
Frappant l’âne, il cassa le bâton sur son dos,
Qui tomba mort aux pieds de son stupide maître.
Comme si son trépas pouvait le permettre,
La lune reparut soudain, par hasard.
« Ah, enfin ! dit l’ânier ; le ciel n’est plus hagard.
Que serait le monde si des sots sans tête
Obéissaient toujours aux caprices des bêtes ?
Il faut que leurs maîtres imposent leurs lois ! »
Et l’ânier, tout content de son illustre exploit
Et comme son âne tout chargé de fromages,
Revint en chantonnant à son petit village.

Catarinella, monte plus haut

Catarinella, monte plus haut

(Écris en 1852 par Mathme Marini, de Porto-Vecchio).

LES SEPT PAIRES DE SOULIERS DE FER ET LES TROIS

BAGUETTES DE BOIS

montagne

CATARINELLA et ses deux sœurs allaient chercher du bois au pied du Monte Incudine (i), et tous les jours une voix disait à la plus jeune :

— « Catarinella, monte plus haut. »

(i) Monte Incudine, la plus haute montagne du sud de la Corse, située au-dessus des sources du Rizzauese et du Travo. L’In- cudine est une masse énorme de granit, terminée par une plate-forme en pierre grise, lisse et polie, qui ressemble à une immense enclume. De cette forme étrange du rocher est venu le nom de la montagne.

Les jeunes filles curent d’abord bien peur, mais à force d’entendre cette voix qui l’appelait, Catarinella finit par s’y familiariser.

Un jour elle dit à ses sœurs :

— « Voulons-nous monter voir ce que veut cette voix?

— Oh ! La sotte ! veux-tu nous faire tuer ?

— Il faut que je sache ce que l’on me veut.

— Tu ferais bien mieux de ramasser ta charge de bois et de retourner à la maison » Mais la jeune fille, qui était courageuse, ne voulut rien entendre. Elle embrassa ses sœurs et partit du côté d’où la voix semblait venir. A mesure qu’elle avançait vers le sommet du Monte IiiciuUne, la voix disait toujours :

— « Catarinella, monte, monte plus haut. » Et Catarinella montait.

Après avoir voyagé une grande partie de la journée, la jeune fille trouva un jardinier qui, la voyant, lui dit aussitôt :

— « Ah ! pauvre enfant, qu’es-tu montée faire ici? Tu mourras si tu n’accomplis la chose que l’on doit t’imposer. » Et le jardinier conduisit Catarinella dans la plus belle salle du plus beau château qui se fût jamais vu. Cette salle était remplie de statues. L’homme qui les gardait lui dit :

— « Catarinella, si tu n’accomplis ce que je vais te dire, pour toujours la parole séchera sur tes lèvres, tes yeux se fermeront- à la lumière et de vivante tu deviendras morte.

— Ah! Mon Dieu! et que faut-il faire pour me sauver?

— Viens ici.

— Voilà.

— Vois-tu ces statues? elles sont là pour ne pas avoir accompli la tâche que je leur avais imposée; mais comme tu es belle et charmante, ta tâche à toi sera beaucoup plus douce que celle des autres.

— Que me faut-il faire?

— Viens encore par ici. »

Catarinella s’approcha.

— « Regarde.

— Je vois des hommes, tous habillés comme des priiKes. Le moindre d’entre eux est sans doute un comte ou un marquis.

— C’est bien. Vois-tu maintenant celui qui est là, dans cette niche?

— Oui.

— C’est le fils du roi ; il n’a que vingt ans et tu dois l’épouser.

— L’épouser? Ah! Malheureuse que je suis ; mais il faut lui rendre la vie.

— C’est justement ce que tu dois faire. Si tu ne peux y réussir, tu seras changée en statue de pierre pendant cent fois cent ans ; mais si tu fais tout ce que je te dirai, tu réussiras, et tous les trésors qui sont ici t’appartiendront. Tu pour- ras alors célébrer ton mariage.

— Que faut-il donc faire?

— Il faut que tu uses ces sept paires de souliers de fer et ces trois baguettes de bois. Tu iras de château en château, de village en village; tu passeras par les routes ou tu en feras, mais tu ne retourneras ici que lorsque les sept paires de souliers de fer et les trois baguettes de bois seront complètement usées, les unes à force de frapper aux portes, les autres à force de parcourir des royaumes. »

Catarinella prit ses souliers, ses baguettes et partit.

Elle voyagea trente jours et trente nuits sans s’arrêter. Enfin elle rencontra une forêt. Elle y entra et vit une petite lumière.

— « Si je pouvais arriver jusque-là, dit la jeune fille, je pourrais y passer la nuit. »

Elle pressa le pas et trouva une maison en ruine, toute couverte de lierre et de ronces.

— « Pan ! Pan !

— Qui est là?

— Ouvrez ; je suis une pauvre fille qui demande l’hospitalité pour cette nuit. »

Un vieillard lui ouvrit. Sa barbe, longue et blanche, lui tombait jusqu’aux genoux.

— « Entrez, mon enfant ; il y a cent ans que

je n’ai vu un visage humain. Mais, dites-moi, où allez-vous ainsi?

— Je cours par le monde jusqu’à ce que j’aie usé ces sept paires de souliers de fer et ces trois baguettes de bois. » Et Catarinella lui fit le récit de ce qui lui était arrivé.

Le lendemain, la jeune fille voulut partir.

Le vieillard lui dit :

— « Voilà une poire avec laquelle tu peux jouer une musique merveilleuse. Tu arriveras devant le palais du roi tout en jouant, et si tu dis alors : « Poire, poire, ne m’oublie pas, » aussitôt sortira de terre le palais où le fils du roi se trouve enchanté. »

Catarinella continua sa route.

Après avoir traversé bien des fleuves et passé bien des montagnes, elle trouva dans une plaine immense un pauvre homme qui bêchait près de sa cabane.

— « Voulez-vous m’accordcr l’hospitalité pour quelques instants?

— Qui es-tu? Les années ne se comptent plus depuis que j’ai quitté les hommes.

— Je suis une malheureuse qui cherche à user sept paires de souliers de fer et trois baguettes de bois. »

Et Catarinella raconta son histoire.

— « C’est bien; voilà une noix avec laquelle tu peux jouer tous les airs qu’il te plaira.

— Merci, mon brave homme.

— Si tu dis : « Noix, noix, ne m’oublie pas, » il sortira de terre le moulin du roi, qui se mettra à tourner et à moudre tout le grain que l’on voudra.

Pars, maintenant; sur ton chemin tu rencontreras un ermite qui, lui aussi, te donnera quelque chose. »

En effet, Catarinella rencontra l’ermite un an plus tard. Celui-ci lui donna une amande avec laquelle on pouvait faire parler et danser même les morts. Longtemps après, la jeune fille arriva dans la cité du roi.

Là, ayant rencontré une procession qui accompagnait un mort, elle se mit à jouer de son amande.

Aussitôt le mort se leva et se prit à parler et à danser, au grand étonnement des assistants.

Emerveillé, tout le monde entoura Catarinella, et le roi, présent justement, car c’était un grand de la cour qu’on enterrait, demanda à la jeune fille :

— « Combien veux-tu de ton amande?

— Je ne la vends ni pour or ni pour argent.

— Je te donne ma ville et mon palais.

— Je ne la donnerai jamais, serait-ce même pour un royaume. »

Le roi fut forcé de laisser Catarinella ; mais avant de partir il lui dit :

— « Viens chez moi ; je t’attends ce soir.

— J’irai, » dit celle-ci.

Le soir, Catarinella vint jouer de sa noix devant le palais du roi.

C’était une si merveilleuse musique que le sou- verain se leva de table pour voir ce que c’était. Il vit son moulin tournant, tournant toujours devant lui.

— « Ah ! Que c’est beau ! Catarinella, Catari- nella, vends-moi ta noix.

— Non, je ne la vendrai pas,

— Puisque tu ne veux rien vendre, continue à jouer de ta noix. »

Catarinella prit alors sa poire et continua à enchanter tout le monde par sa mélodie. A mesure qu’elle jouait, on voyait s’élever peu à peu le château où était changé en statue le fils du roi. Enfin la salle des statues apparut. Lorsque le roi reconnut son enfant, il devint comme fou.

— « Catarinella, vends-moi ta poire ; prends mes trésors, ma vie; prends ce que tu voudras, mais donne-moi ta poire.

— Non, répondit la jeune fille; mais si vous voulez votre fils, suivez-moi.

— Et où irons-nous? Je ne vois plus le palais où mon fils est enchanté. »

En eflfet, le palais avait disparu aux derniers accords de la poire.

— « Pour retrouver votre fils, il vous faut l’aller chercher loin, bien loin, au Monte Incudine ; prenez votre voiture et partez. »

Le roi fit atteler immédiatement ses plus beaux chevaux, puis il dit à Catarinella :

— « Monte vite à mes côtés, afin d’arriver plus tôt.

— Ah ! non ; il faut que je marche à pied. Il me reste encore à user une paire de souliers de fer. Allez toujours devant vous, et lorsque vous rencontrerez le Monte Incudine vous vous arrête- rez. Prenez bien garde surtout d’avancer quand une voix vous dira de monter plus haut ; il vous faudrait user, comme moi, sept paires de souliers de fer et trois baguettes de bois avant de pouvoir désenchanter votre enfant.

— Merci, Catarinella, » dit le roi.

Et il partit.

Après avoir voyagé bien longtemps, la jeune fille s’aperçut avec plaisir que ses souliers de fer et ses baguettes de bois étaient complètement usés. En ce moment le Monte Incudine n’était pas bien loin, et elle fut arrivée avant le coucher du soleil.

Au pied de la montagne elle rencontra le roi.

— « C’est bien ; attendez-moi encore un peu et je viendrai vous chercher. »

Lorsque Catarinella mit les pieds dans le château, les arbres de la forêt se mirent à chanter, les pierres à danser et les bêtes à parler. Et tout cela disait :

— « Bonjour, Catarinella, bonjour. »

Et Catarinella disait à tous :

— « Bonjour, bonjour. »

Le gardien vint à sa rencontre.

— « Les souliers et les baguettes sont-ils usés?

— Oui, les voilà.

— C’est bien.

— Je veux maintenant ressusciter le fils du roi.

Non, attends un peu. Donne la vie auparavant à tous ceux qui l’entourent, afin qu’il ne se trouve pas seul lorsqu’il reviendra à lui.

Catarinella trempa alors un morceau de baguette de bois dans une eau que lui donna le gar- dien du château et toucha les statues en disant :

— « Par cette eau je te donne la vie. »

Et, à mesure qu’elle disait ainsi, les statues se mettaient à marcher et à parler comme avant leur entrée au château enchanté.

Arrivée enfin au fils du roi, Catarinella le frappa de trois petits coups tout en disant :

— « Par cette eau je te donne la vie. »

Le prince se réveilla.

— « Où est mon père?

— Il est ici, tout près. »

Et la jeune fille alla le chercher.

Jugez de la joie du roi en embrassant son fils; il semblait vouloir l’étouffer tant il le serrait sur son cœur.

Mais bientôt il dit î

— Mon enfant, cette jeune personne a par- couru le monde pour vous sauver; il est donc juste que vous l’en récompensiez en l’épousant. »

Le fils du roi ne demandait pas mieux, car Catarinella était bien belle.

Les noces se firent donc le jour même; on in- vita tous les compagnons de captivité du prince, lesquels, heureux de vivre, se dédommagèrent, en buvant et mangeant comme quatre, du jeûne forcé qu’ils avaient dû faire.

Quelques jours après, Catarinella et son époux partirent pour leur royaume.

Arrivés dans la capitale, toutes les cloches se mirent à sonner de joie, et, pendant trois semaines, on entendit la plus belle musique qu’il soit possible d’imaginer.

C’étaient la poire, la noix et l’amande qui donnaient un concert à tout le royaume.