Monte d’Oro

Monte d'oro

D’après la légende, un berger aurait vu, après un orage, les nombreux torrents coulant sur les flancs de la montagne scintiller sous les rayons du soleil. Cet épisode aurait donné son nom au Monte d’Oro : Mont d’Oro. Cette étymologie est contestable, comme en témoigne l’existence de l’orthographe Monte Doru sans l’apostrophe, bien qu’aujourd’hui peu répandue dans l’île, qui proviendrait d’une racine que l’on retrouve dans Adour ou Dordogne, signifiant « eau ».

La légende de Calcagnetta

La légende de la Calcagnetta

Ayant raconté les faits à ses proches, la nouvelle se propagea dans les hameaux de la vallée montagneuse du Murianincu et, le lendemain à l’aube, les hommes de Reghjetu, Cioti, Serra, Serrale, Tribbiolu, Piazze, Coccula se précipitèrent vers l’endroit indiqué par le berger.

Mais les barques avaient disparu. Ces hommes aux cheveux blonds et aux yeux gris étaient des géants. Ils cherchèrent longtemps et trouvèrent enfin, près de l’embouchure du Bucatoghju, éparpillées le long de la rivière, les grosses fourmis. Ils s’aperçurent qu’elles avaient un visage humain et qu’elles étaient gardées par trois hommes noirs armés jusqu’aux dents, à qui les hommes du Murianincu offrirent du fromage et du lait. Un pacte fut conclu entre les deux groupes. Les jeunes pouvaient épouser les naines sauf la plus belle « Bellafiora » qui était leur reine.

Et ainsi furent célébrés ces mariages et ce ne furent que chants, bals et musiques jusqu’au jour où un homme de Coccula éperdument amoureux de « Bellafiora », l’enleva en la ligotant sur un cheval. Arrivé en un lieu appelé « Malanotte » (nuit maudite) et avant de franchir la rivière, le cheval trébucha et se noya dans un trou d’eau en même temps que « Bellafiora » qui eut le temps de crier avant de sombrer : « qu’ils soient maudits ! »

Aussitôt, un brouillard épais couvrit les pentes de la pieve de Moriani et quand le jour se leva, la malédiction commença.

Le jeune homme entreprenant et son père expirèrent, pris d’un mal foudroyant qui les atteignit au talon. Le même mal toucha tous les hommes et les hommes seuls, terrassés par cette maladie qui parce qu’elle naissait dans le talon fut appelée « A Calcagnetta ».

On vit alors des maisons vides, des êtres à l’abandon, des cadavres dévorés par les corbeaux. Les malades péniblement se traînèrent jusqu’à la pointe qui domine la vallée où se trouve aujourd’hui la chapelle de San Mamilianu, et sur la place où était creusée une fosse commune « l’arca », ils attendaient la mort. Quand d’autres malades arrivaient, ils poussaient les moribonds et prenaient leur place. Et ainsi de suite… Ainsi disparurent tous les hommes du Murianincu.
« Ces hommes géants taillés pour le travail et pour la guerre !… ».

D’après Prete Carlotti dettu « Martinu Appinzapalu »

Récemment en voulant égaliser la place devant la chapelle, la municipalité de San Ghjuvanni fit creuser une tranchée pour construire un mur. Qu’elle ne fut pas sa surprise de découvrir une succession de fosses bourrées de crânes et de divers ossements humains. Un anthropologue de la région de Bastia, en mesurant les tibias, en conclut que les squelettes appartenaient à des hommes mesurant entre 1.72 et 1.78m, soit des géants pour cette époque.

Légende des Tours de Tèvola

Légende des Tours de Tèvola :

On l’appelle le Castellu. Les siècles seuls avaient eu raison de cette forteresse, et la tour qui se dressait un peu à l’écart, au fond du village, était avec la chapelle abandonnée la dernière à leur résister. Elle dominait de deux étages le carré de maisons fortes dont elle faisait partie et dont les ruines dentelées prolongeaient l’éperon de schiste duquel elles paraissaient écloses. L’ensemble encadrait une cour pavée de dalles, de schiste elles aussi. C’est une femme hors du commun qui, à sept siècles d’ici, avait bâti ces maisons-tours. Dans la mémoire collective, seuls demeurent son nom et sa légende : C’était la comtesse Tèvola. On disait qu’elle avait fait construire une tour semblable à celles-là dans chaque village de la contrée sur laquelle elle régnait. En ces époques de fer – était-ce pour déjouer de probables assauts où pour mieux administrer ses gens en parcourant son territoire ? – elle séjournait rarement plus d’une semaine dans chacune d’elles. Y apparaissant à l’improviste, partant au milieu de la nuit pour aller loger dans une autre, c’était comme si elle les habitait toutes. Certains même lui prêtaient un don d’ubiquité. Elle levait l’impôt, rendait la justice, guerroyait à l’occasion. Aussi belle qu’on la décrivait, on ne lui connaissait pas d’homme. Maniant la dague aussi aisément qu’elle égrenait le chapelet, vêtue de bure et portant corselet d’acier, elle tenait de la nonne et du guerrier. Aujourd’hui, la forteresse a resurgi de ses ruines et la vie y est revenue. Elle porte désormais le nom de cette dame du temps jadis : Les Tours de Tèvola.

Légende : Le général Montecatini

Le général Montecatini
Fort, grand, robuste et beau parleur, Parfait Montecatini, fut très jeune, célèbre non seulement dans son village de Palasca mais aussi dans toute la Balagne, pour ses talents de bon tireur.

Il avait seize ans, ce jour, où il s’exerçait dans la campagne avec un vieux pistolet à coup appelé « catana », il tua accidentellement un paysan. Il s’exila donc pour le Vénézuela.

Au Venezuela Montecatini s’y imposa très vite par sa force et son intelligence.

Il chassa le serpent qui terrorisait le pays et découvrit une mine d’or. Il devint ainsi très riche, et surtout célèbre dans toute l’Amérique du sud.

Un jour, il arriva que le président de la république vénézuélienne soit renversé, Montecatini le remis en place en moins de deux semaines, voilà pourquoi le président le nomma général de l’armée.

Riche et couvert d’honneurs, il quitta Caracas et rentra en Corse.

Une légende se créa autour de sa personne. En Balagne on raconte que c’est par chariots entiers qu’il distribuait du blé aux pauvres.
Quand il arrivait dans un village il donnait toujours un louis d’or à l’enfant qui gardait son cheval.

On raconte aussi qu’à Bastia, passant sur le cours Paoli dans une calèche tirée par des chevaux blancs le capitaine de gendarmerie lui cria « Quel magnifique attelage mon général ! »
« Il vous plait ? » répondit Montecatini « hè bien je vous en fais cadeau ! »

On raconte encore qu’en période électorale il rencontra un groupe de républicains et leur dit  » je brûle la cervelle à celui qui s’amusera à crier vive la république » (il faut préciser que Montecatini était bonapartiste).
Un paysan dit-on sortit alors du groupe, regarda montecatini dans les yeux et lui dit « Vive la république ! »
En Balagne, les uns disent que le général sortit son revolver et tua le républicain, d’autres racontent qu’avant même que le général eut le temps de sortir son arme, le paysan l’avait assommé d’un grand coup de gourdin.

Piana : la légende de ses calanches

Les calanques de Piana sont si remarquables qu’on ne pouvait pas laisser ce site sans explication. Il y a donc une légende élégante qui explique la formation de celles-ci : Satan, en enfer, observait une bergère durant des semaines et son amour pour elle grandissait de jour en jour. Il fallait donc qu’il la rencontcoeur-des-calanchere, et c’est ce que Satan fait un matin en surgissant sur terre. Il entreprit alors de conquérir le cœur de cette bergère, mais celle-ci, n’ayant bien entendu aucun sentiment pour lui, pour s’en débarrasser le couvrit d’insultes, lui infligea des coups avec ses pieds et ses mains pour le chasser, et appela à son mari à la rescousse pour l’aider. Ce dernier devint alors furieux et tabassa le maître des ténèbres qui repartit bredouille la queue entre les jambes.

Mais Satan ne pouvait pas en rester là. Il ne voulut pas s’en prendre à la vie de la bergère et de son mari car leur malheur n’aurait duré que trop peu de temps. Il décida donc de rendre leur lieu de vie insupportable. C’est ainsi qu’il décida de briser, fendre et chambouler dans tous les sens la roche de la montagne. Mais il fit cela d’une manière artistique puisqu’on peut voir, selon les villageois, le berger, sa bergère et leur chien.

Enfin, un jour où Saint Martin voyageait sur ces roches, qu’il décida de les bénir car il savait qu’il ne pourrait pas en enlever la fureur qui en émergeait. C’est ainsi qu’il décida de calmer le décor grâce à une vague qui vient sans cesse caresser la falaise. Et voilà l’histoire du golfe de Porto.

la Sposata ou la fille au cœur dur

Depuis le col de Saint Antoine, quand on descend sur Vico et Murzo, des crêtes tourmentées se détachent sur les crêtes de la montagne. Et, parmi elles, un visage de femme tourné vers le couchant, vers la Cinarca: la SPOSATA, l’Epousée, la Mariée.

nesa la sposata

Pourquoi est-elle là?.

Il y avait jadis au petit village de Nesa, près de Vico, au pied des premiers contreforts de la montagne, une pauvre maison qui abritait Joanna Ambiegna et sa fille Maria. Les deux femmes avaient bien de la peine à vivre, étant des plus misérables parmi les plus misérables du hameau.

Joanna, âgée, devenue impotente par suite de fièvres mal soignées, restait à la maison et faisait la cuisine. Maria gardait le troupeau de chèvres d’un propriétaire de la localité. Par ce travail, elle gagnait quelques sous, le plus clair des ressources de la mère et de la fille, car, du maigre héritage du père, il ne restait à peu près que la maison et un indigent mobilier. Joanna était douce et bonne et elle souffrait sans se plaindre de la dureté de sa fille qui jamais, pour elle, n’avait un mot affectueux, jamais une de ces caresses qui vont au coeur des mères.

LA DEMANDE DU SEIGNEUR DE CINARCA

Seulement, si Maria Ambiegna manquait de coeur, elle était d’une grande beauté. Aucune fille dans toute la région n’avait d’aussi grands yeux noirs, aucune un visage aussi régulier, un profil aussi pur, aucune des tresses plus noires, plus longues, de cheveux plus fins. Luciano de Tellano, seigneur de la Cinarca, un jeune et très riche gentilhomme, l’avait un jour aperçue, tandis qu’il chassait le mouflon sur les pentes de la montagne. A plusieurs reprises, il était revenu, il s’était même installé dans la maison qu’il possédait à Vico, alors que son château se trouvait à quelques lieues de là, à Orcino, afin de multiplier les occasions de rencontrer la jolie bergère. Lorsqu’il causait avec Maria, les mouflons pouvaient courir en paix, les perdrix s’envoler sous ses pieds, les lièvres déboucher du maquis, cet enragé chasseur ne s’en occupait plus. Un beau jour, Luciano de Tellano demanda à brûle-pourpoint à Maria Ambiegna:

 «Veux-tu être dame de la Cinarca ?»

Maria, qui avait longtemps attendu ces mots, accepta.

Ce fut dans toute la région, de Vico à Evisa, à Sagone et jusqu’à Ajaccio, un cri d’étonnement. Jamais on n’eût supposé que le fier et beau seigneur, à qui étaient promises les plus riches héritières, les descendantes des plus nobles familles, pût songer à donner son nom à la moins fortunée des bergères.

 

LA DOT DE MARIA

Maria était heureuse, certes, mais son bonheur était mitigé par l’humiliation qu’elle éprouvait de n’apporter en dot à son époux que sa personne et les quelques misérables hardes qu’elle possédait.

Joanna Ambiegna était fière du mariage de sa fille, mais bien triste aussi. Elle sentait qu’elle la perdait à jamais. Loin de compatir à la peine de la vieille femme et de chercher à l’adoucir, la jeune fille passait ses derniers jours à la gourmander, l’accusant d’avoir mal géré son héritage, – si l’on peut appeler héritage deux chèvres, une cahute croulante et quatre meubles, – déclarant que le peu qui restait était à elle et qu’elle entendait l’emporter.

Tout ce qui se trouvait dans la cahute, jusqu’aux ustensiles de ménage, jusqu’aux couvertures, jusqu’aux assiettes d’étain, tout fut entassé dans des paniers. Ce n’est pas que Maria pensât que cela pût servir en aucune façon dans la riche demeure de son futur époux, dans ce château d’Orcino dont on vantait partout le luxe et les commodités, mais, comme elle le disait, elle ne voulait pas y entrer les mains vides.

 

LE CORTÈGE NUPTIAL

Enfin le grand jour arriva. Luciano, avec un imposant cortège d’amis, de serviteurs, de clients, tous superbement montés et harnachés, parut sur la place de Nesa. Des paniers soigneusement recouverts, afin que l’on ne vît pas les pauvres choses qu’ils contenaient, furent chargés sur le dos de mulets. Maria, après avoir rapidement embrassé sa mère, plus pour l’édification de son fiancé et du public que par le moindre sentiment de tendresse, monta sur une belle jument blanche, caparaçonnée de velours rouge, aux côtés de son futur époux. Au milieu du tumulte joyeux des cavaliers de son escorte qui, en signe d’allégresse, tiraient des coups de fusil en l’air, l’épousée quitta, sans un regard en arrière, le village natal.

Sur le seuil de la cahute, maintenant vide de tout ce qui avait un semblant de valeur, de tous les souvenirs de défunt son mari, des petits riens auxquels elle était attachée, Joanna, les yeux baignés de larmes, regardait le cortège s’éloigner. Le chemin d’Orcino grimpe à travers la montagne et s’élève dès la sortie du village. La pauvre veuve pouvait ainsi suivre la riante théorie, s’égrenant le long des flancs abrupts. Elle distinguait en tête du cortège sa fille sur sa jument blanche, à côté du seigneur de la Cinarca sur son cheval noir.

On eût pu croire que Maria, toute à son bonheur ou du moins à son triomphe, ne songeait plus qu’aux plaisirs qui l’attendaient, à cette vie de grande dame qu’elle allait mener à Orcino, aux immenses terres qu’elle allait partager avec son mari, aux forêts quasi impénétrables qui seraient son domaine, aux innombrables troupeaux sur lesquels elle régnerait en maîtresse, elle dont l’enfance s’était passée à garder les maigres chèvres des autres.

Mais non, dans son âpreté, elle n’avait de pensée que pour ce qu’elle emportait, pour les choses sans utilité désormais pour elle, qu’elle avait arrachées à la pauvreté de sa mère. Elle craignait d’en avoir oublié.

 

LE RACLOIR OUBLIÉ

Soudain, elle se frappa le front. Elle se rappela avoir omis de mettre dans ses bagages le racloir de son pétrin. Ce racloir, sa mère s’en était servi la veille, puisque l’on avait fait de la galette.

« Qu’y a-t-il, ma chère âme? demanda Luciano anxieux. Auriez-vous oublié quelque objet qui vous fût cher?

– Oui, mon doux seigneur, répliqua Maria. J’ai oublié à Nesa le racloir du pétrin. »

Le seigneur de la Cinarca se mit à rire.

« Eh qu’importe, ma mie, le racloir de votre pétrin, votre mère s’en servira. N’en a-t-elle pas besoin? Vous n’aurez pas à Orcino à vous occuper de ces choses et je suis bien certain qu’il y en a tant qu’il en faut. »

Le visage de Maria se ferma. Elle parut violemment contrariée.

« C’est ce racloir-là que je veux et non point un autre. Il m’appartient et je désire l’avoir. Donnez donc l’ordre à un de vos serviteurs d’aller le réclamer. »

Luciano s’aperçut qu’il fâchait sa fiancée et il expédia un domestique à Nesa.

Les légendes de chez nous ( 2/7): la Sposata ou la fille au cœur dur

Joanna était toujours sur le seuil de sa demeure et n’avait pas perdu de vue le cortège maintenant arrivé tout en haut de la montagne à un endroit où, bientôt, il disparaîtrait à ses yeux. Elle vit le cavalier qui se détachait du convoi et qui redescendait vers le village; quand le serviteur de Luciano de Tellano déboucha sur la place, la pauvre veuve s’imagina que sa fille avait eu un regret de sa dureté et que l’homme était chargé pour elle d’un message de tendresse. Ah! comme elle était prête à y répondre de tout son amour maternel l

Très poliment, elle s’adressa au domestique qui mettait pied à terre devant sa masure

« Ma fille vous a-t-elle chargé pour moi d’une commission? Avait-elle quelque chose à me dire?

 – Oui, répliqua l’homme, bourru et furieux d’avoir été envoyé en arrière et de devoir ensuite se presser pour rattraper ses maîtres, et tout cela pour si peu de chose. Oui, donna Maria vous fait dire qu’elle a oublié le racloir du pétrin et que vous ayez à me le remettre tout de suite pour que je le lui apporte. »

 

LA MALÉDICTION

Alors, pour la première fois, une révolte gronda dans le coeur de la vieille femme; cette ingratitude lui parut trop forte, trop dure, sa propre condition, seule, misérable, dépouillée.

Joanna tourna la tête vers le brillant cortège, là-haut sur la montagne; elle tendit un poing courroucé dans la direction de sa fille et s’écria:

« Tu seras punie, ô fille au coeur de pierre! »

On raconte aux veillées qu’à cet instant précis, dans le ciel bleu et sans nuage de cette journée de mai, un coup de tonnerre terrible éclata, secouant l’atmosphère, que tout le cortège nuptial fut environné subitement d’un épais brouillard et qu’un éclair vint frapper la montagne, dispersant chevaux et cavaliers. Certains ajoutent que la terre trembla, que l’on entendit des voix menaçantes sortir des précipices, mais ce ne sont là sans doute que les effets d’une imagination en proie à la terreur, une terreur bien compréhensible.

Lorsque le brouillard se dissipa, Maria Ambiegna, la fille sans pitié, était changée en pierre, elle et son cheval. Et c’est la bergère corse, l’épousée du seigneur de la Cinarca, que les touristes peuvent voir juchée là haut sur le sommet, la tête tournée vers le château de la Cinarca qu’elle ne connaîtra jamais. La Sposata, un roc, rien qu’un roc, comme son coeur.