Calanche de Piana

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De Guy de Maupassant in Le monastère de Corbara :

« À la nuit tombante, j’ai traversé les calanches de Piana. Je m’arrêtai d’abord stupéfait devant ces étonnants rochers de granit rose, hauts de quatre cents mètres, étranges, torturés, courbés, rongés par le temps, sanglants sous les derniers feux du crépuscule et prenant toutes les formes comme un peuple fantastique de contes féeriques, pétrifié par quelque pouvoir surnaturel. J’aperçus alternativement deux moines debout, d’une taille gigantesque ; un évêque assis, crosse en main, mitre en tête ; de prodigieuses figures, un lion accroupi au bord de la route, une femme allaitant son enfant et une tête de diable immense, cornue, grimaçante, gardienne sans doute de cette foule emprisonnée en des corps de pierre. Après le Niolo dont tout le monde, sans doute, n’admirera pas la saisissante et aride solitude, les calanches de Piana sont une des merveilles de la Corse ; on peut dire, je crois, une des merveilles du monde. »

— Guy de Maupassant, Le monastère de Corbara. Texte publié dans Le Gaulois du 5 octobre 1880

Le prince Roland Bonaparte dans la note de son récit de voyage Excursions en Corse édité en 1891, décrit le site ainsi :

« Le golfe de Porto, que l’on découvre ensuite après avoir franchi le petit col de la Croix, est encore beaucoup plus beau… Les rochers noirs alternent avec les granits rouges et donnent un cachet particulier à toute cette région, sans aucun doute, une des plus belles de Corse, pour celui qui n’est pas l’ennemi des couleurs flamboyantes et de la nature sauvage… La route qui suit la côte sud du golfe s’élève assez rapidement à travers une série de ravins aux pentes abruptes et remplies d’une végétation des plus luxuriantes. On dirait des cascades de verdure se précipitant dans le golfe, aux eaux bleues frangées d’écume. C’est le maquis, l’impénétrable maquis, formé de chênes verts, de genévriers, d’arbousiers, de lentisques, d’alaternes, de bruyères, de lauriers-thyms, de myrtes et de buis, que relient entre eux, les mêlant comme des chevelures, les clématites enlaçantes, des fougères monstrueuses, des chèvrefeuilles, des cistes, des romarins, des lavandes, des ronces, jetant sur le dos des monts une inextricable toison. Cette forêt qui cesse au bout d’une heure de montée, est dominée par une arête de rochers curieusement découpés en vastes aiguilles dénudées, s’élevant d’un seul jet au-dessus de cet océan de verdure qui ne se termine qu’au niveau de la mer… La route qui traverse cette région appelée Calanche, s’accroche pour ainsi dire aux parois des rochers ; de grands murs de soutènement ou des ponts la conduisent aux étroites échancrures taillées dans les rochers et qui font communiquer toutes ces étroites vallées tombant dans la mer au milieu d’éboulements de pierres, qui de loin ressemblent à des scories, tellement elles sont boursouflées et remplies de cavités, souvent pleines d’une terre rougeâtre où poussent quelques brins d’herbe. Au moment où nous entrâmes au milieu de cette forêt de granit pourpré, le soleil venait de disparaître derrière la ligne d’horizon… Nous avancions dans un clair-obscur qui faisait ressortir davantage les dentelures des crêtes rocheuses, se projetant sur le fond jaune d’or du ciel qui, au-dessus de nos têtes, passait par toutes les nuances du bleu pour arriver au noir… »

— Prince Roland Bonaparte, Une excursion en Corse – À compte d’auteur 1891

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Piana : la légende de ses calanches

Les calanques de Piana sont si remarquables qu’on ne pouvait pas laisser ce site sans explication. Il y a donc une légende élégante qui explique la formation de celles-ci : Satan, en enfer, observait une bergère durant des semaines et son amour pour elle grandissait de jour en jour. Il fallait donc qu’il la rencontcoeur-des-calanchere, et c’est ce que Satan fait un matin en surgissant sur terre. Il entreprit alors de conquérir le cœur de cette bergère, mais celle-ci, n’ayant bien entendu aucun sentiment pour lui, pour s’en débarrasser le couvrit d’insultes, lui infligea des coups avec ses pieds et ses mains pour le chasser, et appela à son mari à la rescousse pour l’aider. Ce dernier devint alors furieux et tabassa le maître des ténèbres qui repartit bredouille la queue entre les jambes.

Mais Satan ne pouvait pas en rester là. Il ne voulut pas s’en prendre à la vie de la bergère et de son mari car leur malheur n’aurait duré que trop peu de temps. Il décida donc de rendre leur lieu de vie insupportable. C’est ainsi qu’il décida de briser, fendre et chambouler dans tous les sens la roche de la montagne. Mais il fit cela d’une manière artistique puisqu’on peut voir, selon les villageois, le berger, sa bergère et leur chien.

Enfin, un jour où Saint Martin voyageait sur ces roches, qu’il décida de les bénir car il savait qu’il ne pourrait pas en enlever la fureur qui en émergeait. C’est ainsi qu’il décida de calmer le décor grâce à une vague qui vient sans cesse caresser la falaise. Et voilà l’histoire du golfe de Porto.