Légende : Le lac maudit de Corte : on s’y baigne sans en connaître toujours les mystères

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Les ados cortenais s’y retrouvent en nombre et s’approprient les lieux, comme leurs parents et leurs grand-parents l’ont fait avant eux.

Pourtant, son nom étrange évoque des choses autrement plus sinistres. Et l’histoire que les anciens se plaisent à raconter à de quoi faire froid dans le dos. Car on prétend que le lac a été maudit par le geste désespéré d’un homme, à la fin du XIXe siècle.

Juillet 1883. C’est le moment où l’on trace la route de la vallée de la Restonica, qui doit remplacer l’antique sentier muletier. Les ouvriers s’activent et l’on fait même venir un appareilleur de l’Hérault.

Il s’appelle Estève Pascal et débarque dans l’île avec femme et enfants, juste avant que la ville ne soit frappée par une fulgurante épidémie qui fait des dizaines de victimes – 262 précisément – parmi lesquelles la famille de l’appareilleur.

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L’homme décide alors de construire un caveau à l’entrée de la vallée, en surplomb d’un petit lac, pour rendre hommage à ses proches décimés.

Une histoire d’épidémie, de statuette de la Vierge et de malédiction

Les mois passent et Estève Pascal ne parvient pas à se remettre de cette perte. Il se rend régulièrement au caveau et, un jour de 1884, dans un accès de fureur et de douleur, profane la statuette de la Vierge posée sur l’édifice et la jette dans le lac.

A Corte, nombreux sont ceux qui connaissent a tomba di l’apparegliore, sans savoir de quoi il s’agit. Dissimulée dans les fourrées, la tombe est difficile d’accès et porte les noms de la famille venue de l’Hérault, dont un bébé « décédé à Corte à l’âge de 44 jours ». Et le lac dans tout ça ? Maudit par le geste de l’appareilleur, il a connu (ou provoqué ?) plusieurs drames au fil des années.

Des légionnaires et des touristes s’y sont noyés. On raconte même qu’une jeune cortenaise aux longs cheveux noirs y a péri dans les années 1920 et que depuis, elle hante les ruelles de la ville et apparaît dans les rêves des gens, la plupart du temps juste avant qu’une catastrophe ne se produise.

Pour les esprits scientifiques, la dangerosité du pozzu viendrait d’un courant fort qui attirerait les baigneurs vers le fond. Quoi qu’il en soit, la malédiction a été levée, par une belle journée de l’été 1979, quand Ange Gambini et Dume Menozzi ont par hasard retrouvé la statuette au fond du lac : « C’était comme si elle nous attendait. Toutes les couleurs étaient intactes. Jamais on aurait pu penser qu’elle avait passé presque un siècle sous l’eau. »

Aujourd’hui, la petite statue est à l’abri et le lac n’a plus de maudit que le nom.

 

source :http://m.corsematin.com/article/corte/le-lac-maudit-de-corte-on-s%E2%80%99y-baigne-sans-en-connaitre-toujours-les-mysteres.2245534.html

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LE COCHON DE CASTAGNICCIA  PORCAFONU

Il était une fois en Castagniccia, un cochon qui s’appelait Porcafonu car il parlait. Il était beau comme…un cochon et très intelligent !.Il était cochon par sa mère et sanglier par son père. Un beau jour de décembre, las de voir ses frères mourir dans les plus atroces souffrances sous la lame des paysans insensibles à leurs cris d’agonie, le cochon décida de tenir un concile et rassembla tous les porcs maestri des campagnes environnantes. Même leurs cousins les sangliers avaient été conviés à ce rassemblement historique.

« Dieu, la haut dans le ciel, ignore notre souffrance et ne voit pas le désir frénétique de ces hommes qui nous égorgent même le jour de noël quand naît l’enfant Jésus !. Ils nous transforment en figatelli, coppa et lonzu. Je vais donc aller le trouver pour lui faire part de nos doléances à tous. Pour cela, je vais donc me laisser tuer ».

Un vieux sanglier revendiqua l’honneur de mourir pour cette noble cause et se porta volontaire à sa place. Un grognement unanime s’éleva dans l’assemblée émue par tant d’abnégation. Il s’en alla donc du coté de Valle d’Alesani où l’attendaient les chasseurs du canton. Au premier coup de fusil, il s’effondra et son âme quitta son corps de sanglier pour s’élever lentement vers le ciel.

Il frappa à la porte du Paradis et Saint Pierre vint lui ouvrir pour le conduire non pas devant Dieu qui était occupé, mais devant Saint Martin auquel il refusa catégoriquement de parler, se montrant même particulièrement insolent: « j’ai dit que je voulais parler à Dieu et à personne d’autre! ».

Cette attitude eut pour effet de mettre Saint Martin très en colère. Il annula sa mort et le renvoya sur terre.

Avant d’être chassé le vieux sanglier dépité s’écria: « U liamu un’hè un santu, fa miraculi pur tantu! » (le fumier n’est pas un saint, il fait pourtant des miracles).

De retour sur terre, il raconta son aventure à une assemblée médusée par la rapidité de sa mission.

Porcafonu, le cochon intelligent, grogna à plusieurs reprises; il fallait faire vite car les fêtes de fin d’année approchaient…

Ce matin de Noël, Saint Pierre affolé courrait dans tous les sens. Des milliers d’âmes de cochons, avec à leur tête, celle de Porcafonu, déposaient leurs excréments devant la porte du Paradis et une odeur pestilentielle rendait l’air irrespirable. Saint Martin apparut bientôt rouge de colère: « Que voulez-vous, bande de porcs ?! », s’écria-t-il.  » Nous voulons être reçus par Dieu et non par une seconde main, sinon, nous continuerons à répandre notre fumier devant votre porte! ». Saint Martin en conclut qu’on ne pouvait pas négocier avec les Corses.

Au bout du troisième jour, le Diable entra dans la danse et se moqua de voir le Paradis dans une si belle merde.

A la fin du cinquième jour, les paysans Corses, en bas sur la terre, voyant leurs cochons faire la grève de la faim, appuyèrent de leurs prières cette manifestation porcine sans précédant tant et si bien que Dieu eut connaissance de l’émeute et c’est Saint Antoine qui annoncera la nouvelle: Dieu allait recevoir les émeutiers.

Pour éviter la confusion, une délégation conduite par Porcafonu et constituée d’un porc par village présenta ses doléances: Les cochons voulaient être respectés en tant que tels, ils souhaitaient mourir dignement et sans souffrances.

Dieu promit que leurs voeux seraient exaucés, il nomma Saint Antoine, qui devint San Antone di u porcu, comme protecteur de la race porcine et décréta que tous les cents ans, à la Saint Jean, un cochon désigné par Porcafonu, sera chargé de rendre un homme heureux et riche.

Les représentants étant tous satisfaits des mesures prises par Dieu, ils se retirèrent et une odeur de maquis sauvage emplit de nouveau le paradis.

L’année suivante, à l’approche des fêtes de la Noël, les tueries des cochons recommencèrent et Porcafonu, d’en haut du ciel observait la boucherie. Il allait être difficile de trouver un élu au milieu de tout ce lascia core. Mais que faisait donc San Antone di u porcu ?.

Après avoir longtemps surveillé les villages et les hommes, il vit -et n’en crut pas ses yeux- un petit homme qui ne tuait pas les cochons et ne les mangeait pas. « c’est donc lui qui sera l’élu! », decréta-t-il.

Un soir, alors que le petit vieux était au coin du feu et ne grillait pas de figatellu, il entendit comme une sorte de grognement. Il se leva et ouvrit la porte. Devant lui se tenait le cochon qui parlait: « Je suis Porcafornu, le Dieu des cochons, j’ai décidé de faire de toi un homme riche parce que tu ne manges pas de cochon ». Le petit vieux manqua de s’évanouir, puis il se ressaisit; pourquoi refuser de croire aux miracles ?.

« Je ne mange pas de cochon parce que je suis Juif ! ». Porcafonu, agacé, poursuivit: « Au hameau de Bonicardo, près de funtana di moru, il y a un trésor que les maures ont enterré après une terrible bataille. Tu trouveras ce trésor et tu deviendras très riche ».

Le petit homme refusa, il ne voulait pas devenir riche pour attiser la convoitise du voisinage et il avait assez de malheurs comme cela. Porcafonu dut se mettre en colère; il insista tant et si bien que le brave homme décida d’accepter mais à la seule condition que sa richesse s’accompagne aussi du bonheur qui jusque là lui avait fait défaut. Le cochon accepta, il fit ses dernières recommandations et disparut de la terre pour un siècle.

Le petit homme trouva le trésor, il devint très riche et épousa una paisana qui lui donna sept enfants. Il passa sa vie à faire le bien autour de lui. Il achetait chaque année des cochons qu’il ne tuait pas et répondait en souriant, à ceux que le mystère intriguait:  » Les cochons ont fait mon bonheur et je veux qu’ils meurent de leur mort naturelle ».

Lorsque la mort l’emporta à l’age de 98 ans, le grognement  des porcs résonna dans toute la campagne comme un dernier adieu.

Cascade du Voile de la Mariée Bocognano

La légende du voile de la mariée

Dans un autre temps, un homme riche aimait une jeune fille sans le sou.

Le père de celle-ci était contre cette union.

En dépit de cette opposition ils s’unirent pour le pire et le meilleur.

Le père révolté par l’insoumission de sa fille, fit irruption dans la chapelle ou se célébrait l’union, pour tuer ce gendre inacceptable.

La jeune fille en s’enfuyant avec son mari tomba de la montagne.

Son voile blanc, d’après les on-dit se serait accroché le long de la paroi rocheuse.

Depuis lors à l’endroit même de sa chute, il y a une cascade qui porte le nom de « Voile de la mariée ».

Légende : Coq pour ruiner l’oeuvre du diable

Une légende prétend qu’un meunier corse accepta une main tendue par le diable, lequel lui proposa de jeter un pont en pierres pour s’affranchir des crues récurrentes emportant une passerelle indispensable à notre homme
En Corse, du temps de la domination génoise, il y avait sur les rives du Golo, non loin du village de Castirlo, un moulin à farine qui desservait toute la vallée. Pour communiquer d’une rive à l’autre, on traversait la rivière à gué ou sur une passerelle mobile et des plus primitives. Il arrivait souvent que le passage était intercepté et la passerelle emportée par les crues. Ces accidents contrariaient particulièrement le meunier qui, privé de communications, se trouvait dans la nécessité de faire chômer son moulin. Un jour, à la tombée de la nuit, au moment où il allait passer la rivière avec son âne chargé de farine, une forte crue survint subitement.
Le meunier dans cet embarras se lamentait en lançant des imprécations : un étranger apparut, qui lui demanda pourquoi il était en si grande colère. Le meunier ne lui en cacha pas la cause et l’étranger lui promit que s’il voulait lui livrer son âme, il s’engageait à jeter un pont en pierres sur le torrent avant minuit sonnant. Le meunier accepta cette proposition inespérée et avantageuse. Peu d’instants après, la rivière était le centre d’un horrible mouvement, l’oeuvre commencée se poursuivait avec une activité diabolique et tout faisait prévoir que la promesse de l’inconnu serait réalisée.
Le meunier, qui n’avait pas tout d’abord réfléchi aux conséquences du contrat, devint perplexe. Cet inconnu pouvait être Lucifer et il lui avait livré son âme. Son angoisse allait grandissant avec l’avancement des travaux. Elle fut à son comble quand il vit que les trois voûtes étaient fermées et que l’on commençait à maçonner les tympans. L’ouvrage ne pouvait tarder à être achevé et minuit était encore loin. Une idée lui vint. Sans plus attendre une seconde, il alla réveiller le curé du village et lui raconta le pacte qu’il avait conclu. Après quelques instants de réflexion, le curé lui dit : « As-tu un coq parmi tes poules ? » Et sur sa réponse affirmative, il ajouta : « Va vite, remplis une cruche d’eau, et jette-en une partie sur lui : en sentant la fraîcheur de l’eau, le coq battra des ailes et chantera. Pars, et si tu arrives avant l’heure convenue, tu es sauvé. »

Le meunier se hâta de suivre le conseil du curé, et avant minuit le coq chanta. Il ne restait plus que les parapets à construire. Un épouvantable fracas suivit le chant du coq et fut répété les échos de la vallée. Avant que le pont ne fût restauré et élargi pour l’usage de la route forestière numéro 9 qui l’a emprunté, on découvrait sur la chaussée une large pierre portant l’empreinte d’un pied fourchu. Une autre légende raconte qu’en Corse, un coq blanc, que réveille le bon ange de saint Martin, pousse un cocorico strident et met en fuite le diable au moment même où il allait poser la dernière pierre d’un pont.

Le trésor englouti de Rommel

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L’histoire qui va suivre constitue sans aucun doute l’un des plus grands mystères de la seconde guerre mondiale et continue d’enflammer notre imagination. Voici l’histoire du trésor de Rommel.

Un homme bavardant paisiblement avec sa femme s’appelle Peter Fleig, il est Allemand. Sous officié SS pendant la seconde guerre mondiale, il affirme depuis plus de 45 ans que le trésor de Rommel se situe dans les eaux Corse, au large de Bastia.

La légende du trésor de Rommel a commencé le 3 juin 1948 à Trèves. La guerre est finie depuis trois ans et l’Allemagne est désormais occupée par les alliés, Trèves est dans le secteur d’occupation Français. Ce matin-là, un jeune Allemand se rend au commissariat central.

Ayant affirmé qu’il a de précieux renseignements à fournir aux alliés, on le dirige vers le bureau de l’officier de police judiciaire en charge, un Alsacien nommé Jean Paul Chérer. L’inspecteur Chérer va alors entendre une étonnante confession.

Les premiers récits du trésor

En 1943, la Corse, occupée par l’armée Allemande, va être délivrée par les alliés. Dans la débâcle, les SS ont coulé un trésor dans les eaux territoriales et le jeune homme est l’un des participants de l’opération. Lui seul sait où le trésor est immergé et propose un marché. Ayant une formation de scaphandrier, il voudrait que le gouvernement Français monte une expédition et l’envoie en Corse faire des recherches sous-marines.

L’inspecteur devint alors intrigué par cette histoire, l’ancien SS dit peut être la vérité. De toute façon, tous les renseignements fournis par les officiers du 3ème Reich doivent être consignés.

La perte du trésor de Rommel

En septembre 1943, l’île de beauté vit ses dernières semaines d’occupation Allemande, les Nazis sont en train de perdre la guerre et va leur falloir se replier sur l’Italie.

Le 16 septembre dans un monastère au-dessus de Bastia, un groupe de SS charge un trésor. Ce fabuleux butin est arrivé de Libye par bateau quelques jours plus tôt puis fût caché dans ce monastère et gardé sous haute surveillance. En fait, il s’agit de deux trésors, d’une part le fruit des pillages de l’armée Allemande en Afrique du Nord au quel c’est ajouté le trésor de Négus, le richissime descendant de la reine de Saba.

Les SS sont fébriles et ont pour mission de charger ces précieuses caisses dans deux camions et de les transporter au port dans les plus brefs délais, l’opération doit se dérouler dans le plus grand secret. Les moines ont pour interdiction de sortir du monastère, aucun témoin ne doit être présent, pourtant certains raconteront plus tard qu’ils ont vu une partie du chargement ; de l’or ainsi que des pierres précieuses. Les précautions prisent par les soldats nous montrent bien qu’il ne s’agit pas d’un chargement ordinaire …

Trésor de Rommel » partie 1 

Trésor de Rommel » partie 2

Conte : UN BANDIT CORSE

Le chemin montait doucement au milieu de la forêt d’Aïtône. Les sapins démesurés élargissaient sur nos têtes une voûte gémissante, poussaient une sorte de plainte continue et triste, tandis qu’à droite comme à gauche leurs troncs minces et droits faisaient une sorte d’armée de tuyaux d’orgue d’où semblait sortir cette musique monotone du vent dans les cimes.

Foret aitone
Au bout de trois heures de marche, la foule de ces longs fûts emmêlés s’éclaircit ; de place en place, un pin-parasol gigantesque, séparé des autres, ouvert comme une ombrelle énorme, étalait son dôme d’un vert sombre ; puis soudain nous atteignîmes les limites de la forêt, quelque cent mètres au-dessous du défilé qui conduit dans la sauvage vallée du Niolo.
Sur les deux sommets élancés qui dominent ce passage, quelques vieux arbres difformes semblent avoir monté péniblement, comme des éclaireurs partis devant la multitude tassée derrière. Nous étant retournés nous aperçûmes toute la forêt, étendue sous nous, pareille à une immense cuvette de verdure dont les bords, qui semblaient toucher au ciel, étaient faits de rochers nus l’enfermant de toutes parts.
On se remit en route, et dix minutes plus tard nous atteignîmes le défilé.
Alors j’aperçus un surprenant pays. Au delà d’une autre forêt, une vallée, mais une vallée comme je n’en avais jamais vu, une solitude de pierre longue de dix lieues, creusée entre des montagnes hautes de deux mille mètres et sans un champ, sans un arbre visible. C’est le Niolo, la patrie de la liberté corse, la citadelle inaccessible d’où jamais les envahisseurs n’ont pu chasser les montagnards.
Mon compagnon me dit :
– C’est aussi là que se sont réfugiés tous nos bandits.
Bientôt nous fûmes au fond de ce trou sauvage et d’une inimaginable beauté.
Pas une herbe, pas une plante : du granit, rien que du granit. A perte de vue devant nous, un désert de granit étincelant, chauffé comme un four par un furieux soleil qui semble exprès suspendu au-dessus de cette gorge de pierre. Quand on lève les yeux vers les crêtes, on s’arrête ébloui et stupéfait. Elles paraissent rouges et dentelées comme des festons de corail, car tous les sommets sont en porphyre ; et le ciel au-dessus semble violet, lilas, décoloré par le voisinage de ces étranges montagnes. Plus bas le granit est gris scintillant, et sous nos pieds il semble râpé, broyé ; nous marchons sur de la poudre luisante. A notre droite, dans une longue et tortueuse ornière, un torrent tumultueux gronde et court. Et on chancelle sous cette chaleur, dans cette lumière, dans cette vallée brûlante, aride, sauvage, coupée par ce ravin d’eau turbulente qui semble se hâter de fuir, impuissante à féconder ces rocs, perdue en cette fournaise qui la boit avidement sans en être jamais pénétrée et rafraîchie.
Mais soudain apparut à notre droite une petite croix de bois enfoncée dans un petit tas de pierres. Un homme avait été tué là, et je dis à mon compagnon :
– Parlez-moi donc de vos bandits.
Il reprit :
– J’ai connu le plus célèbre, le terrible Sainte-Lucie, je vais vous conter son histoire.

« Son père avait été tué dans une querelle, par un jeune homme du même pays, disait-on ; et Sainte-Lucie était resté seul avec sa soeur. C’était un garçon faible et timide, petit, souvent malade, sans énergie aucune. Il ne déclara pas la vendetta à l’assassin de son père. Tous ses parents le vinrent trouver, le supplièrent de se venger ; il restait sourd à leurs menaces et à leurs supplications.
Alors, suivant la vieille coutume corse, sa soeur, indignée, lui enleva ses vêtements noirs afin qu’il ne portât pas le deuil d’un mort resté sans vengeance. Il resta même insensible à cet outrage, et, plutôt que de décrocher le fusil encore chargé du père, il s’enferma, ne sortit plus, n’osant pas braver les regards dédaigneux des garçons du pays.
Des mois se passèrent. Il semblait avoir oublié jusqu’au crime et il vivait avec sa soeur au fond de son logis.
Or, un jour, celui qu’on soupçonnait de l’assassinat se maria. Sainte-Lucie ne sembla pas ému par cette nouvelle ; mais voici que, pour le braver sans doute, le fiancé, se rendant à l’église, passa devant la maison des deux orphelins.
Le frère et la soeur, à leur fenêtre, mangeaient des petits gâteaux frits quand le jeune homme aperçut la noce qui défilait devant son logis. Tout à coup il se mit à trembler, se leva sans dire un mot, se signa, prit le fusil pendu sur l’âtre, et il sortit.
Quand il parlait de cela plus tard, il disait : « Je ne sais pas ce que j’ai eu ; ç’a été comme une chaleur dans mon sang ; j’ai bien senti qu’il le fallait ; que malgré tout je ne pourrais pas résister, et j’ai été cacher le fusil dans le maquis, sur la route de Corte. »
Une heure plus tard, il rentrait les mains vides, avec son air habituel, triste et fatigué. Sa soeur crut qu’il ne pensait plus à rien.
Mais à la nuit tombante il disparut.
Son ennemi devait le soir même, avec ses deux garçons d’honneur, se rendre à pied à Corte.
Ils suivaient la route en chantant, quand Sainte-Lucie se dressa devant eux, et, regardant en face le meurtrier, il cria : « C’est le moment ! » puis, à bout portant, il lui creva la poitrine.
Un des garçons d’honneur s’enfuit, l’autre regardait le jeune homme en répétant :
– Qu’est-ce que tu as fait, Sainte-Lucie ?
Puis il voulut courir à Corte pour chercher du secours. Mais Sainte-Lucie lui cria :
– Si tu fais un pas de plus, je vais te casser la jambe.
L’autre, le sachant jusque-là si timide, lui dit :
– Tu n’oserais pas ! et il passa. Mais il tombait aussitôt la cuisse brisée par une balle.
Et Sainte-Lucie, s’approchant de lui, reprit :
– Je vais regarder ta blessure ; si elle n’est pas grave, je te laisserai là ; si elle est mortelle, je t’achèverai.
Il considéra la plaie, la jugea mortelle, rechargea lentement son fusil, invita le blessé à faire une prière, puis il lui brisa le crâne.
Le lendemain il était dans la montagne.
Et savez-vous ce qu’il a fait ensuite, ce Sainte-Lucie ?
Toute sa famille fut arrêtée par les gendarmes. Son oncle le curé, qu’on soupçonnait de l’avoir incité à la vengeance, fut lui-même mis en prison et accusé par les parents du mort. Mais il s’échappa, prit un fusil à son tour et rejoignit son neveu dans le maquis.
Alors Sainte-Lucie tua, l’un après l’autre, les accusateurs de son oncle, et leur arracha les yeux pour apprendre aux autres à ne jamais affirmer ce qu’ils n’avaient pas vu de leurs yeux.
Il tua tous les parents, tous les alliés de la famille ennemie. Il massacra en sa vie quatorze gendarmes, incendia les maisons de ses adversaires et fut jusqu’à sa mort le plus terrible des bandits dont on ait gardé le souvenir. »

Le soleil disparaissait derrière le Monte Cinto et la grande ombre du mont de granit se couchait sur le granit de la vallée. Nous hâtions le pas pour atteindre avant la nuit le petit village d’Albertacce, sorte de tas de pierres soudées aux flancs de pierre de la gorge sauvage. Et je dis, pensant au bandit :
– Quelle terrible coutume que celle de votre vendetta !
Mon compagnon reprit avec résignation :
– Que voulez-vous ? on fait son devoir !

Texte Guy de Maupassant : Un bandit corse. Texte publié dans Gil Blas du 25 mai 1882 sous la signature de Maufrigneuse.

Légende : Le général Montecatini

Le général Montecatini
Fort, grand, robuste et beau parleur, Parfait Montecatini, fut très jeune, célèbre non seulement dans son village de Palasca mais aussi dans toute la Balagne, pour ses talents de bon tireur.

Il avait seize ans, ce jour, où il s’exerçait dans la campagne avec un vieux pistolet à coup appelé « catana », il tua accidentellement un paysan. Il s’exila donc pour le Vénézuela.

Au Venezuela Montecatini s’y imposa très vite par sa force et son intelligence.

Il chassa le serpent qui terrorisait le pays et découvrit une mine d’or. Il devint ainsi très riche, et surtout célèbre dans toute l’Amérique du sud.

Un jour, il arriva que le président de la république vénézuélienne soit renversé, Montecatini le remis en place en moins de deux semaines, voilà pourquoi le président le nomma général de l’armée.

Riche et couvert d’honneurs, il quitta Caracas et rentra en Corse.

Une légende se créa autour de sa personne. En Balagne on raconte que c’est par chariots entiers qu’il distribuait du blé aux pauvres.
Quand il arrivait dans un village il donnait toujours un louis d’or à l’enfant qui gardait son cheval.

On raconte aussi qu’à Bastia, passant sur le cours Paoli dans une calèche tirée par des chevaux blancs le capitaine de gendarmerie lui cria « Quel magnifique attelage mon général ! »
« Il vous plait ? » répondit Montecatini « hè bien je vous en fais cadeau ! »

On raconte encore qu’en période électorale il rencontra un groupe de républicains et leur dit  » je brûle la cervelle à celui qui s’amusera à crier vive la république » (il faut préciser que Montecatini était bonapartiste).
Un paysan dit-on sortit alors du groupe, regarda montecatini dans les yeux et lui dit « Vive la république ! »
En Balagne, les uns disent que le général sortit son revolver et tua le républicain, d’autres racontent qu’avant même que le général eut le temps de sortir son arme, le paysan l’avait assommé d’un grand coup de gourdin.